Le bilan carbone audiovisuel est souvent incomplet. Votre entreprise a cartographié les déplacements, les achats, l’énergie des bureaux — mais si vous diffusez des campagnes vidéo, une partie de votre empreinte carbone n’est probablement pas dans ce document. Votre équipe RSE a tout cartographié : les déplacements professionnels, les achats, l’énergie des bureaux, les serveurs informatiques. Le rapport est solide, auditable, conforme. Pourtant, il manque probablement quelque chose.
Si vous diffusez des campagnes vidéo — et presque toutes les entreprises en diffusent — une partie de votre empreinte carbone n’est pas dans ce document.
Ce que les bilans carbone oublient systématiquement
La production d’un film publicitaire fait l’objet d’une attention croissante : le CNC a rendu le bilan carbone obligatoire pour accéder à ses aides dès 2023, et les producteurs audiovisuels ont désormais des outils pour mesurer l’empreinte du tournage, des transports, des décors. C’est une avancée réelle.
Mais une fois le film livré, que se passe-t-il ?
Il est encodé. Multiplié en dizaines ou centaines de versions adaptées à chaque format, chaque plateforme, chaque résolution. Puis diffusé des millions de fois. Et cette phase — l’encodage et la distribution vidéo — est presque universellement absente des bilans carbone des annonceurs et des agences qui commanditent ces campagnes.
Ce n’est pas un oubli mineur. Selon les données de l’ARCEP et de l’Arcom, la diffusion vidéo représente une part substantielle de l’empreinte numérique globale d’un contenu. Pour une campagne nationale diffusée sur plusieurs plateformes, l’empreinte de la distribution peut dépasser celle de la production elle-même — particulièrement quand les fichiers sont surdimensionnés, encodés sans optimisation, et transmis en qualité maximale indépendamment des conditions réseau des destinataires.
Ce que « bilan carbone audiovisuel » devrait vraiment couvrir
Un bilan carbone audiovisuel complet comprend trois phases distinctes :
1. La production — tournage, transport des équipes et du matériel, énergie des studios, hébergement. C’est la phase la mieux documentée et la plus avancée réglementairement.
2. L’encodage et la post-production technique — transcription du master en formats exploitables (H.264, HEVC, AV1), déclinaison en variantes plateforme (LinkedIn, broadcast, OTT, YouTube), processing serveur. Cette phase est rarement comptabilisée dans les bilans, alors qu’elle mobilise des ressources serveur significatives, notamment quand les pipelines d’encodage ne sont pas optimisés.
3. La diffusion et le streaming — l’énergie consommée par les serveurs de distribution, les CDN, et les équipements des utilisateurs finaux au moment du visionnage. Pour une campagne à plusieurs millions d’impressions, c’est souvent le poste le plus lourd en émissions Scope 3.

La plupart des bilans carbone d’entreprises s’arrêtent à la phase 1 pour les contenus qu’elles commanditent. Les phases 2 et 3 disparaissent dans une zone grise entre l’annonceur, l’agence, le producteur et les plateformes.
Pourquoi 2026 change la donne réglementairement
La situation réglementaire a évolué rapidement. Deux dispositifs s’appliquent simultanément, avec des périmètres distincts qu’il faut distinguer.
Le BEGES (Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre), cadre français, reste obligatoire pour toute entreprise de droit privé dépassant 500 salariés — 250 dans les DOM-TOM. Depuis 2023, il inclut obligatoirement les émissions Scope 3 significatives. Les sanctions en cas de non-conformité ont été portées à 50 000€ pour une première infraction, 100 000€ en récidive. Seuls 31% des entreprises concernées étaient conformes en 2025, selon les données disponibles — ce qui signifie que la majorité des entreprises soumises ne l’ont pas encore fait, ou l’ont fait de façon incomplète.
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), cadre européen, a été significativement remaniée par la loi Omnibus de décembre 2025. Les seuils ont été relevés à 1 000 salariés ET 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, excluant environ 80% des entreprises initialement visées par le calendrier 2026-2027. Si votre entreprise est en dessous de ces seuils, vous n’êtes plus directement visé par la CSRD — mais vous pouvez l’être indirectement si vos clients ou donneurs d’ordre y sont soumis et vous demandent des données dans le cadre de leur propre reporting de chaîne de valeur.
Pour les agences médias et les annonceurs, la question pratique est celle-ci : quand votre client CAC40 vous demande d’intégrer le bilan carbone audiovisuel de vos campagnes dans son reporting RSE, que lui communiquez-vous sur la diffusion vidéo ?
Ce que les pionniers ont déjà mesuré — et réduit
Plusieurs organisations ont décidé de ne pas attendre que la question du bilan carbone audiovisuel leur soit posée. Leurs résultats permettent de sortir du vague et d’établir des ordres de grandeur concrets.
GRDF a engagé une démarche de mesure et d’optimisation de l’empreinte carbone de ses campagnes vidéo. Le résultat de cette collaboration avec Arena Media, récompensé d’un Or à la Nuit des Rois 2025, montre une réduction de 89% des émissions CO₂ sur les campagnes concernées — sans dégradation de la qualité perçue ni du reach.
Le Groupement Les Mousquetaires, en partenariat avec l’agence Zenith, a engagé un travail similaire sur 473 vidéos de campagne. Le bilan : 753 tonnes de CO₂ évitées, avec un score qualité VMAF maintenu au-dessus de 95. Ce cas est finaliste à la Nuit des Rois 2026. Ce sont des chiffres certifiés, publiés, et reproductibles.
France Télévisions, dans le cadre du RG Lab 2025 mené par sa Direction de l’Innovation du Numérique, a diffusé en conditions réelles un flux UHD à 3 Mbps — contre 100 Mbps pour le signal de référence utilisé dans la comparaison — avec une qualité visuelle supérieure à la Full HD standard à 6,6 Mbps. Largement couverte par la presse spécialisée, cette démonstration illustre ce que l’optimisation de l’encodage rend techniquement possible dès aujourd’hui.
Ces exemples ont trois points communs : ils ont commencé par mesurer, ils ont agi sur l’encodage avant de chercher à compenser, et ils ont des chiffres à communiquer dans leur reporting.
Par où commencer concrètement ?
Cette phrase est déjà correcte si elle est présente. Vérifier qu’elle n’a pas été modifiée.
Cartographier le volume — combien de vidéos avez-vous diffusées sur les 12 derniers mois, sur quelles plateformes, avec quels volumes d’impressions ? Cette donnée est généralement disponible dans vos outils analytics et vos rapports de campagne. C’est la base du calcul.
Identifier les facteurs d’émission — le poids des fichiers vidéo diffusés, les formats utilisés, les plateformes de distribution. Les encodages non optimisés ou de complexité élevée peuvent dépasser 35 Mbps en H.264 et 15 Mbps en H.265, notamment en 4K — mais les usages de diffusion standard restent généralement bien en dessous. L’enjeu est précisément là : identifier les contenus surdimensionnés par rapport à leur usage réel, car chaque mégabit inutile se multiplie par le nombre d’impressions et par chaque visionnage.
Calculer et documenter — les facteurs d’émission du streaming vidéo sont disponibles dans la Base Empreinte de l’ADEME, et les méthodologies reconnues (GHG Protocol, Bilan Carbone®) permettent d’intégrer ces données dans un BEGES ou un rapport CSRD de façon auditables.
Une fois le périmètre établi, la réduction est souvent plus accessible qu’on ne l’imagine. Contrairement aux déplacements ou aux achats, qui impliquent des changements comportementaux complexes, l’empreinte carbone de l’encodage vidéo peut être réduite structurellement, en une seule décision technique — sans changer ni le message, ni la qualité, ni la distribution.
La question que les directions RSE commencent à poser
De plus en plus de directions RSE posent la question à leurs agences et à leurs équipes marketing : « Quel est l’impact carbone de nos campagnes vidéo, de la production à la diffusion ? »
La réponse « on ne sait pas » est de moins en moins acceptable dans un contexte où le BEGES est obligatoire, où la CSRD s’applique aux grands groupes, et où les donneurs d’ordre demandent des données de chaîne de valeur à leurs prestataires.
La bonne nouvelle : contrairement à d’autres postes, le bilan carbone audiovisuel est l’un des rares domaines où l’action est rapide, mesurable, et sans compromis sur la qualité. Les cas GRDF et Mousquetaires montrent que le bilan carbone audiovisuel est un levier actionnable immédiatement, avec des chiffres certifiés par un jury professionnel indépendant — la Nuit des Rois.
Vous voulez savoir ce que représente l’empreinte carbone de vos campagnes vidéo, et comment la réduire sans changer votre stratégie de diffusion ? Cutz accompagne les agences et les annonceurs sur cette démarche — de la mesure à l’optimisation, avec des résultats documentés.