L’IA générative dans le cinéma : c’est le sujet qui a dominé Cannes 2026. Soderbergh expérimente, Aronofsky structure une co-entreprise avec Google DeepMind, le CNC repositionne ses critères d’aide. Mais la question que l’industrie ne pose pas encore, et qui est pourtant la plus concrète, c’est celle-là : qu’est-ce que la vidéo générée par IA fait à la chaîne d’encodage ?
L’IA générative s’est installée dans le cinéma en 2026, et Cannes en a été l’illustration la plus visible. Pas de résoudre le problème, mais de ne plus l’ignorer. Les films générés ou assistés par IA étaient partout sur la Croisette cette année : dans les projections hors compétition, dans les discours, dans les partenariats signés en marge du Marché du Film. Et pour la première fois, certains des réalisateurs les plus respectés du monde ont choisi leur camp : celui de l’expérimentation.
Ce qui se passe à Cannes n’est pas une anecdote de festival. C’est un signal sur l’état de toute une industrie. Et pour les acteurs de la distribution et de la diffusion vidéo, ce signal mérite qu’on s’y arrête. Pas pour les raisons esthétiques dont tout le monde parle, mais pour une raison que presque personne n’a encore formulée clairement.
Quand les auteurs montrent la voie
Steven Soderbergh a une longue histoire avec la technologie. Il a tourné des films avec un iPhone quand personne ne prenait ça au sérieux. À Cannes 2026, son documentaire sur John Lennon intègre des séquences générées par l’IA de Meta, et son explication est désarmante de franchise : « Personne avec une vraie crédibilité créative n’a encore tenté quelque chose comme ça. Il faut que quelqu’un le fasse pour voir comment les gens réagissent. »
Darren Aronofsky, lui, est allé plus loin. Il a fondé Primordial Soup, une structure de production entièrement dédiée à l’expérimentation IA, en partenariat direct avec Google DeepMind. Trois courts métrages, des cinéastes émergents, le modèle vidéo Veo comme outil de tournage. Son positionnement n’est pas celui d’un technophile : « Le cinéma a toujours été conduit par la technologie. Aujourd’hui n’est pas différent. C’est le moment d’explorer ces outils et de les façonner pour l’avenir du storytelling. »
Ce que j’observe dans les deux cas, c’est la même chose. Ni l’un ni l’autre ne cherche à remplacer quoi que ce soit, mais à comprendre avant que la question leur échappe. Ce sont des gens qui ont construit leur réputation sur la maîtrise totale de leur médium, et c’est exactement pourquoi leur engagement avec l’IA est un signal fort : pas une capitulation, une anticipation.
Les institutions cherchent leurs repères
Le 16 mai, Catherine Pégard s’exprimait devant les professionnels du cinéma au Festival de Cannes. Sa position, en tant que ministre de la Culture et dans le cadre du CNC qui fête ses 80 ans, était attendue. Elle a annoncé que les aides du CNC allaient être modifiées pour garantir qu’aucune œuvre « sans auteur humain » ne soit soutenue par des fonds publics.
« L’acte de création est le propre de notre humanité. La création n’est pas la réutilisation : c’est un acte d’innovation qui par définition se nourrit de la confrontation, de la rupture avec les formes anciennes. » Catherine Pégard, ministre de la Culture — Cannes, 16 mai 2026
Ce n’est pas une interdiction de l’IA dans les œuvres soutenues : c’est une définition de la création. Et cette distinction est précisément là où le débat devient intéressant, parce qu’elle oblige l’industrie entière à poser des questions qu’elle évitait jusqu’ici. Quand les institutions se positionnent, elles naviguent entre deux impératifs qui ne se réconcilient pas facilement : ne pas freiner l’innovation, et protéger ce qui fait la valeur de leur modèle.
L’angle mort : personne ne parle d’infrastructure
Voilà où toutes ces discussions, aussi importantes soient-elles, s’arrêtent. Les débats de Cannes 2026 portent sur les crédits, sur l’éthique, sur le statut de l’auteur, sur les quotas. Ce sont de vraies questions. Mais elles masquent quelque chose que personne dans ces discussions n’a encore vraiment posé : qu’est-ce que l’IA générative fait concrètement à l’infrastructure vidéo ?
Un seul documentaire avec 10% de séquences générées représente déjà des volumes de fichiers que les pipelines d’encodage traditionnels n’ont pas été pensés pour absorber. Et ça, c’est un film. Maintenant multipliez par une industrie entière qui commence à s’y mettre sérieusement.

Plateformes de streaming, régies, broadcasters : tous vont devoir traiter, distribuer et archiver un volume de contenu généré qui n’existait pas il y a trois ans. La vidéo IA n’est pas encodée comme une vidéo tournée en conditions réelles. Ses caractéristiques de compression sont différentes : artefacts visuels, nature des mouvements, texture des images. Et les encodeurs standards ne sont pas calibrés pour en tirer le meilleur rapport qualité/poids.
Ce que ça veut dire en pratique : des fichiers plus lourds que nécessaire, une consommation de bande passante CDN inutilement élevée, et un impact carbone qui va mécaniquement grossir avec la croissance des volumes. Pour des organisations soumises à des obligations de reporting CSRD ou BEGES, c’est un risque qui s’accumule silencieusement dans les chaînes de production.
Ce que ça change pour votre organisation
La vidéo IA générative va rendre ce travail d’optimisation encore plus nécessaire, et encore plus complexe à faire à la main. C’est là que l’encodage bas-carbone assisté par IA devient un enjeu opérationnel, pas seulement un argument RSE.
L’industrie du cinéma est en train de négocier son rapport à l’IA en direct et en public. C’est fascinant à observer. Mais si vous travaillez sur la distribution, le streaming ou la production de contenus de marque, la partie qui vous concerne directement n’est pas celle que couvrent les journalistes sur la Croisette. Elle se passe dans vos serveurs d’encodage. Et elle a déjà commencé.
Pour aller plus loin, deux articles sur le blog Cutz qui éclairent ces enjeux en détail :
Mesurer l’empreinte carbone de vos vidéos : méthode et outils
IA générative et réduction de l’impact carbone des vidéos
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Sources
- AP / ABC News · A filmmaking tool or an existential threat: Cannes Film Festival weighs the rise of AI · mai 2026
- Google DeepMind · Our partnership with Darren Aronofsky’s Primordial Soup · mai 2025
- Ministère de la Culture · Discours de Catherine Pégard devant les professionnels du cinéma, Cannes, 16 mai 2026
- Screen Daily · Seven talking points from the World AI Film Festival in Cannes · 2026
- Box Office Pro · Catherine Pégard à Cannes : défendre la création face à l’IA et en Europe · mai 2026